Lundi 22 août 2005

LES MANAGERS CHERCHENT LES BONS MOTS

Présenter un argumentaire, lire un discours ou remonter le moral de ses troupes : une bonne maîtrise de son expression peut changer la vie d'un manager.
Les lectures permettent d'inspirer et de redonner corps au langage de certains dirigeants, dont les discours sont souvent aussi soporifiques que le défilé de PowerPoint qu'ils font subir à leur auditoire. Pour éviter cet écueil, rien de tel qu'une relecture à voix haute avant de boucler son texte : " On voit tout de suite ce qui cloche dans un texte : le manque de transition, les phrases trop longues, celles pas assez nuancées ", témoigne Bernhard Engel. Il n'est ni manager ni critique littéraire, mais " lecteur sonore ", comme il aime à se présenter. Cet ancien acteur de théâtre a commencé à lire des textes il y a une dizaine d'années. Plus de décor, ni de costumes, même pas de chaise car la lecture se fait debout, un simple livre pour tout accessoire. " A l'époque, c'était complètement ringard. Mes amis se disaient que j'étais tombé bien bas pour faire cela. " Finies les grandes salles de théâtre, en effet. Les Livreurs - c'est le nom choisi par cette équipe de lecteurs - ont commencé à se produire dans des bistrots, des restaurants. Ils vont aujourd'hui dans les festivals, les écoles... et les entreprises. " Nous offrons quelque chose qui est de plus en plus rare dans les spectacles aujourd'hui : la liberté laissée à l'auditeur de pouvoir créer ses propres images et de laisser libre son imagination, sans rien lui imposer. Il se sent plus actif et c'est ce qui plaît aussi aux entreprises qui font appel à nous ", indique Bernhard Engel. Stimuler la créativité de ses " modistes ", c'est en effet ce qui a séduit l'Institut français de la mode, avec qui les Livreurs sont actuellement en train de monter un projet de lecture de textes sur les étoffes et les tissus.

Interventions en entreprise
Les interventions en entreprise de ces fans de lecture prennent des tours très différents. Chez Total, des lectures ont été organisées dans l'auditorium du siège social entre midi et deux heures. Au programme : la découverte de cultures et de pays étrangers par le biais d'auteurs emblématiques. Julio Cortazar pour l'Amérique du Sud, Nabokov pour la Russie ou encore Mishima pour le Japon. De quoi être dépaysé et voyager sans quitter l'esplanade de la Défense. Autre forme d'intervention déjà expérimentée lors de séminaires sur la créativité : " le Son de Lecture ", où cohabitent lecture à voix haute et conférence sur la façon d'interpréter un texte et de convaincre son auditoire. " Avoir une très bonne idée ne suffit pas à l'imposer. Il faut savoir la présenter, la dire de façon juste ; or peu de managers font cet effort ", souligne Ivan Gavriloff, directeur de la société Kaos (conseil en créativité) et organisateur de ces séminaires.
Enfin, Bernhard Engel fait aussi du coaching individuel. " Il m'a appris à placer ma voix, à ne pas parler trop vite, à respirer avec le ventre pour avoir plus d'aisance et à trouver une gestuelle cohérente avec mon propos ", énumère Claire Chaptal, directrice du cabinet de conseil en ressources humaines Arco. Un travail de plusieurs séances qui réclame un effort particulier et des exercices répétés. " Prendre la parole en public n'est naturel pour personne, mais il faut réussir à faire croire au naturel, à la spontanéité ", précise Bernhard Engel. Etre un bon orateur, c'est aussi être un bon acteur.

Lire et dire un discours : les écueils à éviter

Tons.
La prise de parole en public est toujours un exercice délicat pour les managers, en particulier lorsqu'il s'agit de lire un discours qui n'a pas été écrit par leur propre soin. Difficile alors de donner de la spontanéité et de l'allant à un texte que l'on a découvert au mieux quelques heures avant. Pourtant, une mauvaise lecture peut plomber le meilleur des discours. Parmi les écueils les plus répandus : la lecture dite " neutre ", d'un ton monacal, où aucune émotion ne filtre d'une longue litanie de syllabes. A l'inverse, la lecture chantée frise souvent le ridicule : une intonation forcée et des sauts de voix incessants sont le meilleur moyen d'infantiliser son auditoire.
Enfin, pour ceux qui aiment la théâtralité, la lecture mimée est un autre travers : " Cela prive le public des images qu'il est censé créer lui-même. On enlève alors tout l'intérêt du discours parlé ", explique Bernhard Engel, cofondateur de l'équipe de lecteurs Les Livreurs.De l'émotion, donc, mais point trop n'en faut.

MARIE BELLAN