Journal l’Alsace – 2 mars 2012

Café littéraire. Les enjeux de la lecture à voix haute.

Mercredi soir, le public du café littéraire a écouté un trio de spécialistes procéder à une «dégustation littéraire», en écoutant et commentant des extraits de livres audio. Mieux vaut, en la matière, savoir ce que l’on achète!

Un grand écrivain ou comédien ne fait pas forcément un grand lecteur. C’est le résumé de la soirée de «dégustation littéraire» proposée au Café littéraire, mercredi soir par la médiathèque Le Parnasse. Yann Migoubert, chef du service culturel de la Sorbonne, a sélectionné des extraits de livres audio qu’il a fait écouter pour les commenter, à Félix Libris, star internationale de la lecture à haute voix, et Jean-Paul Carminati, écrivain et avocat...

Soirée féroce et drôle
Le résultat? Une soirée féroce, drôle, pas ennuyeuse pour un sou. Où l’on a découvert que l’échelle de la critique est ouverte. Le collectif des Livreurs, qui a initié ce type de soirée, est parti du principe que «la critique du bon goût n’existe pas pour le livre audio» a rappelé Yann Migoubert. Et pourtant... Cette critique est nécéssaire, tant le succès du livre audio est croissant. Et tant, en la matière, on trouve du bon et du mauvais. Surtout du mauvais si on en croit l’impitoyable trio qui a oeuvré mercredi soir au Café littéraire. Impitoyable et drôle, mais juste.

Félix Libris l’a répété : le but était de savoir «si un interprète sert bien un texte». La réponse a été «non», bien souvent, et ce dès le premier extrait, avec un conte d’Andersen, Jean-Paul Carminati : «Je suis surpris, je m’attendais à pire». La musique qui recouvre et pollue le début du texte? À oublier. Et Félix Libris en rajoute, il souligne dans l’extrait «une fausse caractéristique dans la lecture à voix haute, elle est de type chanté.» Résultat, le lecteur n’écoute pas. Dans le deuxième extrait, le trio a dégusté du Zola. Verdict pour Félix Libris au sujet du lecteur : un bon élève, belle diction, type Comédie française, une voix parfaite pour la publicité.... «D’ailleurs s’il lisait une pub pour Omo, il aurait le même ton.» Alors? «C’est le pire», il n’y a pas de supplément d’âme. C’est une lecture désincarnée. Il y a «un vernis technique qui laisse penser que c’est bien, mais l’acteur n’a pas fait l’effort de faire ressortir les sentiments.»

Servir un auteur
Il faut donc que les lecteurs «servent un auteur à la hauteur de sa grandeur». Sans surinterpréter et aller dans la caricature - il ne s’agit pas de jouer un personnage. Une question importante est venue du public : «Existe-t-il des textes qui ne devraient pas être lus? À voix haute?» La réponse des experts : les mauvais textes. La lecture à voix haute est implacable. Elle les démasque !

Le trio, lui a démasqué les mauvaises interprétations (y compris celles réalisées par les auteurs eux-mêmes, pas forcément les mieux placé) et a donné au public les enjeux de la lecture à voix. Avec de dernier conseil : «Le silence est fondamental dans la lecture à voix haute, pour sculpter le texte. Il est aussi donné aux auditeurs pour qu’ils aient le temps d’assimiler les images.»

Jean-Christophe Meyer