État Critique
État Critique - Mardi 20 novembre 2012

ÉTAT CRITIQUE
Soirée d’ouverture du Festival Livres en tête 2012
FESTIVAL LIVRES EN TÊTE - Collège des Bernardins, Paris

Qui eût cru qu’on ne tournât pas la page d’un livre à un Festival de lecture à voix haute, mais que l’on glissât son doigt sur l’écran d’une tablette numérique...

C’est une des nouveautés de la quatrième édition du Festival Livres en tête initié par le Service culturel de l’Université Paris-Sorbonne et le collectif Les Livreurs. Les lecteurs sonores faisaient vivre les mots d’Arthur Rimbaud, de Jules Vallès ou de Victor Hugo en les tirant d’un écran tactile. Sous la programmation de Pierre Jourde, l’Enfance était mise à l’honneur, cette même enfance qui découvrira peut-être d’ici peu les Grands Classiques sur écran.

Dans la très belle salle voûtée du Collège des Bernardins, on entendit des bons mots, des mots cruels, des mots d’hier et d’aujourd’hui, des maux d’ici et maintenant, aussi. Des chérubins attendrissants, d’autres agaçants, des situations coquasses aux plus inacceptables, du délicieux récit de turbulences enfantines au règne de l’enfant roi. On retrouva les incontournables Poil de Carotte et Gavroche et l’on fut agréablement surpris de la découverte d’autres textes mis à l’honneur. Parmi eux Le Roi du crabe de Denis Grozdanovitch fit bien rire l’auditoire.
Entre deux, des interludes musicaux joués au piano à queue contribuaient à la musicalité de la soirée. Pierre Benoit Roux, directeur de la Communication des Livreurs et lecteur formateur nous confiait la finalité ultime : déclamer un texte comme un musicien plus que comme un acteur, accorder l’interprète et le texte. Ce qui fut atteint ce soir-là. La diversité des lecteurs laissa entendre des voix qui portaient certaines posées, d’autres pressées, des voix grasses, captivantes, jamais lassantes. On saluera, le très bel honneur fait à la littérature ce soir là. Le plaisir de retrouver certains de ses personnages enfantins était prégnant, tout comme la joie grisante d’en découvrir d’autres. Bernard Pivot, parrain du festival nous confiait qu’il était difficile d’élever la voix devant un livre alors il lisait dans la discrétion. Son humour ajoutait un ton enlevé à la soirée. Il reconnaissait les mérites du partage de la lecture à voix haute donnant l’impression d’être au cinéma en mettant des images dans la tête.

Cette première année avec tablette numérique allia conservatisme des classiques et modernité de ses accès afin de populariser la lecture et gagner ainsi de nouveaux publics au bonheur du voyage par les mots.

Estelle Grenon