Samedi 30 novembre 2013

Soirée Bal à la Page Sonore et Gomorrhe

J'arrive pile à l'heure afin de ne pas rater le cours de danse qui précède les lectures (j'adore danser, et les occasions sont si rares !). Evidemment, les deux seules personnes que je connais sont en retard, et je me résous à monter seule sur scène ;-) Enfin, en compagnie de dizaines d'inconnus... Coco Coach, le professeur de danse nous entraine dans des zooks, salsa, merengue endiablés, des musiques qui sentent bon les Antilles, le soleil chaud et le rhum. Notre prof a le rythme dans la peau et dans le sang, il ondule des épaules, des hanches, lascivement, nous invitant à l'imiter. Il sourit de toutes ses dents en voyant nos piteuses performances. Raide comme un piquet, empotée, je m'applique à copier de mon mieux ses gestes, soit les jambes, soit les bras, impossible de faire les deux à la fois. Quand au roulis des fesses, de la poitrine, j'ai quelques progrès à faire ! Les vestes et gilets chutent, nous mourrons de chaud déjà, et nous sommes mûrs pour entendre les textes les plus crus.
Je suis toute contente de rencontrer Anne Bert. J'aime beaucoup son écriture, et je suis régulièrement son blog Impermanence qui déchaîne souvent les passions. C'est super de rencontrer un auteur aimé avec qui on a échangé des messages et des points de vue. Nous papotons alors que quelques sons de batterie parviennent déjà à nos oreilles. Ils croissent, emplissent la salle, envahissent tout, et accélère nos cœurs. Nous nous taisons. Nous sommes saisies, immobiles dans nos fauteuils, transportées dans un univers de rythme assourdissant qui nous fige de surprise et bientôt nous enthousiasme follement.
Chaque lecture sera ponctuée d'un incroyable solo de batterie, véritable one man show. Norbert Lucarain joue de ses percussions en virtuose, excelle à nous mettre dans une ambiance extraordinaire, et prépare à merveille la lecture de chaque extrait, avec souvent des bruitages et gémissements en forme de clins d'œil.
Un silence total règne dans la salle, et la voix des lecteurs s'élève, pure, forte, engagée, sans que le moindre brouhaha ne trouble leur lecture. Je suis conquise en un instant, et pour toujours. Ils lisent à merveille, y mettant tout leur cœur, leur passion, avec le ton, l'humour réclamé par le texte. C'est aussi bon qu'au théâtre, et peut-être même meilleur encore car la langue, les mots, sont plus beaux, les descriptions nous permettent de mieux nous évader encore. Leur diction est parfaite, leur phrasé s'adapte merveilleusement à chaque style. Ils peuvent tout faire : simuler l'orgasme, jouer les pimbêches, les ados, les gros lourds, le moine paillard… une équipe de six ou sept lecteurs se succèdent, excellant dans tous les registres.
Quelques invités surprises ponctuent les lectures.
Une apparition toute en plumes, bijoux, froufrous vient d'entrer. Pel Mel, expert en la matière, identifie aussitôt la créature de rêve : Juliette Dragon, directrice de l'école des filles de joies. Elle nous offre un effeuillage étourdissant, au rythme des seuls bruitages incroyables du percussionniste. Son micro, son souffle, ses bruits de bouche, remplacent tout un orchestre. Elle ôte ses gants, saupoudrant le public de poussière d'or au passage, retire ses plumes avec grâce, son corset, sa culotte à froufrous… Mais le corset cache un soutien gorge, la culotte rose un string noir… Puis, la danseuse saisit deux flambeaux, et jongle avec eux tout en prenant les poses les plus suggestives. Un vrai plaisir pour les yeux !
C'est l'entracte. Nous retournons sur la piste de danse et les meilleurs tubes s'enchaînent. Quelques danseurs de rocks me font terriblement envie et réveillent un irrépressible désir de danser. Je décide de prendre mon courage à deux mains. Quoi, je suis capable d'écrire les pires cochonneries, les publier sur un blog à la face du monde entier, et je n'oserais pas inviter un danseur, pour le plaisir innocent d'un rock, figée pour toujours dans ces conventions d'un autre âge « c'est au garçon d'inviter » ? Je me lance, et j'ai le plaisir incroyable d'évoluer, voler, dans les bras d'un très bon danseur, l'espace de quelques minutes. Le regard noir jeté par sa compagne me fait redescendre de mon nuage à peine le morceau terminé, et je bats en retraite sagement. J'avise un autre amateur de rocks, et m'approche. Pas de chance, le vent tourne du coté des platines, et on est maintenant dans la série des rocks à toute vitesse des années 50. Il me fait tourbillonner, tourner, me rattrape de justesse, me porte, m'emporte, j'ai l'impression de faire l'amour depuis des heures, avant de manquer de me trouver mal (c'est décidé, je me remets au sport). La musique s'arrête quelques secondes avant mon écroulement sur le sol et je suis sauvée in extremis. Je remercie vivement mon cavalier infatigable et titube jusqu'à ma place pour m'évanouir tranquille, le cœur battant à cent à l'heure.
Les lectures reprennent, classiques, contemporaines, d'écrivains très connus ou pas, truculents, drôles, ou emphatiques. Rien ne nous sera épargné : l'inceste, les moins de 18 ans, la zoophilie, les pratiques les plus extrêmes... Mais le tout lu avant tant de passion, d'emphase, d'expression, et des textes d'une si belle écriture, riche, foisonnante, pleine d'humour… nous sommes conquis et nous rions, applaudissons à tout rompre des pratiques qui devraient nous faire grimacer. Le talent des auteurs mêlés à celui des lecteurs composent un cocktail irrésistible. Ces lecteurs n'ont rien à envier aux meilleurs comédiens de théâtre.
Une autre invitée, Anna Polina, la star X, égérie de Marc Dorcel, pénètre sur la scène, et je peux sentir l'émoi des hommes environnants. Tous retiennent leur souffle. Je me sens un peu émue moi aussi, j'avoue. Son sourire, ses jambes interminables, ses talons vertigineux, son collant de latex si fin et si serré qu'il me semble deviner les contours de son sexe, son ravissant visage, sa poitrine opulente et remontée à la mode des années 50… Et naturelle, simple, directe, pas distinguée ou snob, plutôt « la bonne copine ». Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à tout ce qu'elle faisant dans, hum hum, le cadre de son travail. Elle nous décrypte avec humour et recul le scénario d'un film porno.
Un film X, ça a des codes, et ce sont toujours les mêmes depuis des décennies, Anna Polina aimerait varier, oui, mais le cinéma porno est en crise, ce n'est pas le moment de changer ce qui plait aux clients. Un film porno c'est donc : l'introduction (la petite scène où on parle encore), les bisous, la fellation, une, deux, trois positions, la sodomie, l'éjaculation).
Les lectures se poursuivent, s'enchaînent, et nous entraînent dans un érotisme de plus en plus sulfureux, jusqu'au dernier texte, trop vite arrivé. Dès les premiers mots, Anne Bert reconnaît tout de suite le texte gagnant du Festival Livres en tête auquel nous avons participé sur le site ShortEdition. Elle l'avait lu et aimé. J'ai l'impression de débarquer de la planète Mars, j'en ai lu des dizaines, mais celui là ne me dit rien. "Une histoire de crevette" est un texte espiègle, gourmand. Il m'a beaucoup plu !
C'est fini. Un dernier échange avec Pel Mel et Anne Bert avant de courir vers le dernier métro. Nous rions, on ne peut deviner nos jardins secrets en nous regardant. Anne, pétillante et rieuse, si belle, Pel Mel, très classe dans son costume cravate, comment soupçonner nos écrits brûlants ;-) Je suis d'accord avec eux, j'aime moi aussi l'ambiance bon enfant, simple, franche, naturelle, directe, qui règne entre auteurs et blogueurs érotiques, point de faux semblant, on peut parler de tout à cœur ouvert et visage découvert, et c'est drôlement agréable.
Une soirée parfaite ! Un mot enfin pour l'animateur, parfait Mr Loyal, enjoué, drôle, séduisant et séducteur, virevoltant entre ses invités. Je guète la sortie du CD de la soirée (avec j'espère les solos de batterie), et les prochaines dates de lectures à voix haute. En attendant, François Busnel nous a promis une soirée lecture éblouissante le 26 décembre prochain sur France 5, pour changer de Sissi, des bêtisiers et des émissions de variétés.

Clarissa