Télérama du 20 au 26 mars 2004

Comme un musicien soliste
Bernard Engel, lecteur public

Cet ancien comédien est l'un des trois cofondateurs des Livreurs, une association de lecteurs publics.

Lecteur, c'est un métier, ça ?
Complètement ! La lecture à voix haute est en passe de devenir un art à part entière, alors qu'il y a huit ans c'était ringard. Mais les gens ont encore du mal à comprendre ce qu'on fait ; ils pensent qu'on lit pour des aveugles ou des personnes âgées.

Quelle différence avec les comédiens ?
Les comédiens sont plus nombrilistes. C'est eux plutôt que le texte. Notre technique est proche de celle d'un musicien soliste : on interprète un morceau de littérature comme un morceau de musique.

Vos modes de "livraison" ?
Lors de festivals, dans des théâtres, des hôpitaux, des collèges, avec lesquels on a monté le Prix de lecture à voix haute. On organise aussi des événements comme le Bal à la page (bal et lectures), le Son de lecture (spectacle ludique et pédagogique autour de la lecture) ou Ta page nocturne (cabaret lectures).

Comment choisissez-vous vos textes ?
On s'adapte au lieu et au public, on ne va pas lire du polar en prison, par exemple ! On travaille souvent autour d'un thème ou d'un écrivain. En ce moment, on lit beaucoup Fred Kassak, un auteur policier qui est un vrai génie de l'horlogerie. Notre but est surtout de montrer que la lecture à voix haute n'est pas un truc chiant pour intellos.

Emmanuelle Chaudieu