Etat-Critique.com - 30 octobre 2009

« Vais-je être à la hauteur ? »…

Lorsqu’une amie journaliste, spécialiste des études « transgenres », vous convie à la pièce d’un écrivain et psychanalyste de renom, forcément, vous vous y rendez, mais, n’ayant par bonheur, ou par malheur, jamais eu commerce avec les psychanalystes (ni les transgenres), vous vous demandez si vous allez y comprendre quelque chose. Ce faisant, vous êtes déjà dans le sujet ! « Vais-je être à la hauteur ? »…

La pièce a été donnée le 22 octobre dernier dans l’amphithéâtre Richelieu, à l’instigation du Service Culturel des Etudiants de la Sorbonne (Paris IV) et des Livreurs, lecteurs sonores (http://www.leslivreurs.com/). Elle se présente comme une conférence brillante, drôle, très accessible, entièrement écrite au second degré, puisqu’il ne s’agit pas, bien évidemment, « d’éviter le divan », mais au contraire de réaliser que nous sommes tous névrosés ou, pour les plus « chanceux », psychotiques.

Jean-Paul Carminati, formidable dans le rôle du conférencier lui-même passablement « atteint », interpelle sans relâche le public et passe en revue nos « symptômes », source comique quasi-inépuisable, et notre propension à les cultiver jalousement, plutôt que d’entrer dans une décennie d’analyse. Tout y passe, de la phobie des araignées ou des ascenseurs aux complexes divers, notamment sexuels : « Vais-je être à la hauteur ? »…

La façon qu’a Jean-Pierre Carminati de ciseler le texte, sa connivence avec le public, tout en retenue suivie de brusques emportements, et même sa personne, rappellent assez Antoine de Caunes dans sa période Nulle part ailleurs. Le spectacle est parfois aussi dans le public, constitué dans le cas présent d’une majorité d’étudiantes et de beaucoup de « psy », d’où des rires entendus, un peu nerveux, souvent en avance ou à contretemps, de personnes apparemment très concernées, soit par les symptômes comiquement évoqués, soit par leur traitement…

La pièce était suivie d’une brève conférence, réelle cette fois, où Philippe Grimbert a expliqué sa démarche avec modestie et brio, son regret de voir notre société ne raisonner qu’en termes d’économie et d’efficience, sans place pour la faiblesse ou l’échec, et sa conviction de l’intérêt de la démarche psychanalytique.

Jacques L.

© Etat-critique.com - 30/10/2009