SAINT-LOUIS Le Bal à la Page - Lundi 14 janvier 2013

Un pari réussi

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C’est le nombre de participants ayant assisté au Bal à la page de Saint-Louis. Entre danses et lecture de nouvelles, comme par exemple celle de Maupassant ou de Marcel Schwob, le public est reparti ravi.

Samedi soir, à Saint-Louis, la Salle des Portes recevait « Les Livreurs », de 19h à minuit, pour une soirée dansante endiablée et entrecoupée de lectures.


Dès le début de la soirée, l’accueil se fait en musique avec un petit cours de salsa pour mettre en jambes et dérouiller les novices. Sur une musique cubaine distillée par les platines de l’excellent Xavier Ehretsmann, Marc Fabrice, professeur au Studio MS’Danse d’Illzach, apprend aux néophytes le pas mambo puis le pas rumba. Une heure durant, le public se déhanche donc avec bonheur et exubérance. Les petites tables rondes installées à proximité leur permettent de s’asseoir et de reprendre leur souffle. Quelques minutes de repos avant de se laisser porter, pendant quarante minutes, par les voix de Juliette Steimer et Bernard Engel

« L’objectif du Bal à la page était d’attirer les gens par la danse et de les retenir par les textes pour les cultiver. »

Se préparant en coulisses pendant le cours de danse, ce dernier prend le temps d’expliquer que « Les Livreurs » est avant tout un collectif et non pas une compagnie théâtrale.
Basés à Paris depuis 1995, ils sont dix à quinze lecteurs mobilisables sur une plateforme d’artistes que l’on utilise à la demande.
Bernard Engel tient à préciser :
« On ne fait pas de théâtre mais de la lecture. Le but du comédien est d’interpréter un personnage alors que le lecteur est plus proche du musicien soliste. On choisit nos textes en fonction du thème mais aussi de leur qualité musicale ». Ce comédien, lauréat de trois premiers prix de conservatoire, affirme : « Je n’avais tout simplement plus envie d’être un autre, seulement un” Vorleser”, celui qui lit devant les autres ». Il se définit d’ailleurs comme un lecteur sonore et débute le premier set de lectures par quatre petits textes ou mises en bouche de Nasr Eddin Hodja, théologien mythique de la culture musulmane. Dans ce texte, le personnage idiot et ingénu mène, à travers ses pérégrinations, le public vers une certaine philosophie. Dans la salle, les rires fusent et les auditeurs sont déjà conquis quand Juliette Steimer prend la relève avec une nouvelle policière, grinçante et humoristique de Fred Kassak. Ensuite, et pour le plaisir de tous, le set se poursuit avec un extrait du « Journal d’une femme de chambre » d’Octave Mirbeau, « La confiture de nouilles » de Pierre Dac et « Max und Moritz » de Wilhelm Busch.


Danse des sons, danse des mots
Après cette dernière nouvelle, le public se retrouve à nouveau en position verticale, sous la boule à facettes et les sunlights, pour se trémousser sur des airs endiablés de salsa.
Le cycle des lectures reprend, pour un deuxième set, avec une poésie de l’Abbé de L’Atteignant intitulée « Le mot et la chose ». Cette dernière est suivie d’un conte, « La princesse prisonnière d’un caillou », et de nouvelles de Marcel Schwob et Maupassant. Avant de quitter la scène et de laisser la place aux danseurs, Les Livreurs n’oublient pas de remercier les régisseurs, l’équipe technique, la municipalité de Saint-Louis et surtout Catherine Mathieu, instigatrice de leur venue.


La culture au cœur
Celle-ci, ravie du succès de cette soirée, confie qu’elle connaît Bernard Engel depuis longtemps. « Il est venu à la Foire du Livre il y a deux ou trois ans montrer comment lire le Petit Chaperon Rouge, le samedi, et Madame Bovary, le dimanche. « Les Livreurs » qui ont, pour la plupart, une profession à part (médecins, avocats…), sont restés de grands gosses qui adorent la littérature et ont, avant tout, envie de s’amuser. » Catherine Mathieu ajoute que « l’objectif du Bal à la page était d’attirer les gens par la danse et de les retenir par les textes pour les cultiver, mine de rien. Ce qu’il y a de merveilleux, c’est qu’il y a très peu d’habitués mais, au contraire, beaucoup de personnes que l’on ne voit jamais à des lectures. »
Le pari est entièrement réussi puisque la salle était pleine et que les organisateurs ont même dû refuser du monde. Une danseuse et auditrice confirment les propos de Catherine Mathieu. « Je trouve que le concept est très original. Moi qui aime bien danser et n’aime pas la lecture, j’étais curieuse de savoir à quoi cela pouvait ressembler, comment on pouvait allier la danse et la littérature. J’ai vraiment adoré. »

Isabelle Lebouc